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  • : L'Amandier est une association dont l'objectif est de maintenir vivante l'oeuvre de Georges Brassens et de lui donner la place qu'elle mérite dans notre patrimoine culturel collectif.
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Bonhomme

 

Il faut attendre 1958 et le 25 cm N°6,  pour voir Bonhomme figurer dans la discographie de Brassens. En sa compagnie Pierre Nicolas, bien sûr, et Jean Bonal à la deuxième guitare. Pourtant c'est une chanson qui était en lui depuis longtemps (Il avait été frappé par le décès du grand-père d'un ami sétois).

Ecoutons-le en parler.

Voici le manuscrit de la version d'origine, écrite par un jeune homme de 22 ans (d'après les témoignages de ses camarades du STO, il la chantait déjà à Basdorf)

 

Bonhomme


L'image de la " pauvre vieille de somme " n'était pas encore née, et avec elle la rime avec le mot titre.

A moins que... On sait que Brassens a découvert (mais on ne sait pas comment), un recueil de chansons de Gustave Nadaud. Il y a trouvé " Le roi boiteux " et " Carcassonne ", qu'il a "pastiché" avec " Le nombril des femmes d'agents". Or, chez Nadaud, on trouve aussi une chanson intitulée Bonhomme.

En voici le texte (cliquer). BONHOMME BONHOMME

Certes, nous sommes loin de l'ambiance de la chanson de Brassens, mais la conclusion est en forme d'épitaphe, du moins celle que souhaite ce " Bonhomme qui vit (ou rit) encore ". Alors ... et si ce refrain était à l'origine de " Bonhomme qui va mourir " ? Dans ce cas, le titre s'imposait (et "grand-père" disparaissait), et c'est lui qui réclamait une rime. Brassens, expert en détournement d'expressions a trouvé cette " pauvre vieille de somme ", tellement plus forte, tellement plus riche d'émotion que la " bonne grand-mère ". L'autre trait de génie du poète étant ce terrible " de mort naturelle ". Terrible parce qu'excluant tout accident, guerre, assassinat, pendaison... il nous ramène tous à l'inéluctable. Terrible parce que sa répétition lui donne un caractère universel.

La question est posée, et n'aura sans doute jamais de réponse. Qu'importe d'ailleurs de savoir quelle hypothèse est la bonne. L'incertain enrichit le poétique...

 

L'histoire finirait ici, mais... tout de même. Un détail discographique que rapporte Jean-Paul Sermante (Revue des ADG N° 120, Mars Avril 2011) mérite d'être signalé :

Cette chanson a été gravée une première fois, après avoir été enregistrée le 17 janvier 1956, sur le disque 25 cm N°4. Aux côtés de Brassens Pierre Nicolas et Victor Apicella. La pochette indique " Bon'homme ". Malgré cette erreur, le disque sortira avec cette version, que ni Brassens (ni Canetti ?) n'aiment. La chanson sera supprimée et remplacée tellement vite qu'on se contentera d'un trait noir sur la pochette pour cacher le titre.

Voici cette pochette, pour illustrer le propos de Jean-Paul.

Disque-4--abandonne-.jpg

Et par quoi fut-elle remplacée ? Par " Le nombril..." inspiré de Nadaud. Tiens-donc ?

Bonhomme, dans la version que nous connaissons, paraîtra finalement deux ans plus tard, sur le 25 cm N°6.

Quelques commentaires à propos de Bonhomme

" Désormais, ce sont les doigts gourds de cette pauvresse qui nous représenteront la lutte vaine et désespérée que mènent les hommes, jusqu'au dernier souffle, pour sauver ce qu'ils aiment. [...] L'inutilité des efforts de la vieille (Bonhomme sera déjà mort), l'inexplicable souvenir (il fut infidèle) qui les rend amers sans les décourager, voilà qui englobe, de toute vie et de toute patience et de toute tendresse, l'échec final, le désastre. Là-dessus s'ajoute l'effet de la mélodie qui secoue ces strophes désolées et les fait claquer, geindre, hurler comme un vent d'hiver. On en reste glacé, terrassé, on a la gorge nouée."

Alphonse Bonnafé

Georges Brassens - Poésie et chansons

Ed. SEGHERS, 1963

 

" Bonhomme ! Ah, Bonhomme ! On soupçonne, aux points d'exclamation, en quelle estime nous tenons cette chanson. Chanson, cela paraît presque trop petit pour ce poème de la misère, de la douleur et de l'amour humains.On pense à La Mort et le bûcheron de La Fontaine. A tort. C'est autre chôse, c'est mieux, c'est aussi bien, c'est Bonhomme. C'est un honneur que d'avoir écrit Bonhomme. C'est un bon point de l'aimer. Nous oserions presque dire : un critère. C'est fait d'images comme celle-ci : "... la vieille qui moissonne le bois mort de ses doigts gourds", c'est fait de rien, d'une pitié qui n'avoue pas son nom, c'est fait de Brassens. De grand Brassens."

René Fallet

 

"C'est l'exemple type de la chanson qui n'a pas plu du premier coup. Maintenant, il paraît que c'est un chef-d'œuvre ! On verra avec le temps..."

Georges Brassens, 1972

 

Pour terminer, une interprétation.

Claude Nougaro

accompagné par Jean-Claude Vannier et son orchestre
Bonhomme
 
Brassens-Nougaro
Ci-dessous une lettre de Claude Nougarro à Jean-Paul Sermonte, suivie d'un poème dédié à Brassens.
(Sources : JP Sermonte, Au bois de son cœur, 2001, Ed. Didier Carpentier).
Lettre & Poème CN
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