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  • L'amandier
  • : L'Amandier est une association dont l'objectif est de maintenir vivante l'oeuvre de Georges Brassens et de lui donner la place qu'elle mérite dans notre patrimoine culturel collectif.
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Octobre 1969. Brassens présente dans l'émission CAMPUS de Michel Lancelot, sur Europe1, les  nouvelles chansons de sa prochaine rentrée à Bobino.

Ce sont celles de l'album X. Pour la plupart d'entre elles, il se contente d'un rapide commentaire avant de la chanter en direct. Mais il est un titre sur lequel il s'attarde davantage (cliquer pour allumer la radio).

Radio 65A l'écoute de ces premiers couplets, on s'attend à une sorte de manifeste, de réponse à quelque journaliste, un peu dans le style du Pornographe ou des Trompettes de la renommée. Mais non.

Dans une lettre à René Fallet, alors hospitalisé, Brassens s'interroge sur la nécessité de ces premières strophes. Manifestement, elles ne sont destinées qu'à introduire un autre thème.

Révérence parler

(Source: Œuvres Complètes, JP Liégeois, Le Cherche Midi Ed.)

 

Notons au passage l'allusion à un mot qui [le] dégoûte. La strophe a peut-être  été supprimée, car elle se contredit elle-même.  Il figure dans le titre d'une chanson qui a été qualifiée de posthume, et que Jean Bertola a enregistrée. Peut-être n'aurait-elle jamais dû quitter le secret des brouillons abandonnés, ne serait-ce que pour respecter cette volonté clairement affirmée :    " Et n'emploierai jamais même en danger de mort ".

 

C'est donc une " intro ", mais de quoi s'agit-il ?

Ecoutons la suite : la dernière strophe de l'introduction et celle par laquelle il envisage de commencer.Radio 65

Cette fois c'est dit : il veut parler de quelque chose qu'il a du mal à nommer.

Une strophe d'un brouillon annonce le sujet :

Strophe (Marot)

Et elle est intéressante à plusieurs titres :

D'abord la forme : c'est une strophe de 6 vers alors que la version future sera composée de quatrains. Il s'agit donc bien d'une ébauche.

Le premier vers, ensuite, exemple typique de ce que les linguistes appellent " expression défigée ", se retrouvera plus tard (avec une tête qualifiée de " pauvre ") dans Sauf le respect que je vous dois (Album XI).

Les vers 3, 5 et 6, quant à eux, formeront les trois derniers du quatrain initial de la chanson Le blason (Album XI également). On peut donc considérer Révérence parler comme une première version du Blason, qui ne viendra que trois ans plus tard.

Reste le vers 4. Si les strophes entendues plus haut, et dont Brassens mettait en doute l'utilité, ne méritent pas vraiment d'être qualifiées "d'élégant badinage", la référence à Clément Marot est claire, et fournit le titre de la future chanson.

Révérence parler

Voir le site ICI

Voilà pour l'historique de la pratique poétique du Blason.

 

Laissons un instant le texte pour évoquer la musique. Nous sommes à quelques jours de la première, et Brassens n'est pas entièrement satisfait de ce qu'il va présenter au public (cliquer pour allumer la radio).

 

Radio 65

Remarquons que Brassens utilise le mot " inexpressible " qui n'appartient pas à la langue française ! Certes, " inexprimable " ne rime pas avec " impossible ", et il manque une syllabe à " indicible ". Mais tout de même, c'est un événement...

Oui, Georges se déclare "contre le fait de dire des vers" et il faut bien admettre que c'est un exercice où on ne le sent pas particulièrement à son aise. Mais du coup, nous voici revenus au texte, car il les dit ces vers, et tout particulièrement les strophes dont il demandait à Fallet, en post-scriptum de la lettre ci-dessus :

" Veux-tu me dire si les 6 strophes qui précèdent les deux dernières (" Les noms des fleurs et des pierres précieuses " [Il oublie les noms de lieux NDLR.]) apportent quelque chose ou non ? ". Encore un doute donc... (cliquer pour allumer la radio).

Radio 65

Et c'est avec ces doutes, à propos du texte et de la musique, qu'on le retrouve dans sa loge de Bobino, en compagnie de René Fallet et de André Tavernier, son ingénieur du son chez Philips, la seule personne, peut-être, à qui il s'adressera et dont il parlera en disant toujours " Monsieur ".

 

 

Et un nouveau doute survient : le public comprendra-t-il de quoi il parle ?

Et une angoisse : saura-t-il la chanter par cœur ?

Mais c'est l'heure. Le papier, par sécurité, et en scène.

A Bobino comme ailleurs, on frappe les trois coups, avec un bâton nommé " brigadier " !

 

 

Et ce n'est pas fini ! lors d'une des séances suivantes se produisit un incident que tout guitariste peut s'attendre à vivre un jour sur scène, Brassens comme les autres, mais cette fois la caméra était présente. A noter que la version présentée a déjà été remanié par rapport à celle de la première. Décidément cette chanson n'était pas disposée à être livrée au public, et elle le fait savoir.

 

Révérence parler aura une carrière de courte durée. Après quelques représentations, elle est retirée du programme.

Quelques mois plus tard, lors du passage de sa tournée à Toulouse, Brassens répond à ce sujet à Fernand Dufour de la Dépêche du Midi :

 

Révérence parler

Brassens se dit satisfait du texte, mais les extraits que publie La Dépêche montrent qu'il n'est pas encore définitif. Quant au néologisme, il a toujours les faveurs de l'auteur, au point de devenir le titre de la chanson ! Lui non plus ne survivra pas...

Révérence parler

Révérence parler retourne à la table de travail pour le texte et au clavier pour la musique. Ainsi viendra Le blason.

Brassens supprimera de nombreuses strophes, fera quelques corrections dans les autres, changera l'ordre.

Voici, en vis à vis, les textes complets de ces deux chansons, dans l'ordre des strophes de Révérence parler.

Le blason est rarement interprétée en récital. On trouvera dans Album XI la version de notre ami Guy Pothier. C'était le 22 octobre 2011, lors du concert final du "mois anniversaire", donc très précisément le jour des 90 ans de Brassens.

 

Mais voici une version féminine. Celle de Marie d'Epizon, lors des Brassensiades 2014. A la guitare Thomas Fontvieille, à la contrebasse Jean-Pierre Barreda.

 

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