
Tout le monde sait que Brassens a "déposé" la même musique sur ce poème d'Aragon, et sur La prière de Francis Jammes. Cette association n'a pas enchanté Aragon, qui ne s'en est pas caché. Contrairement à certaines hypothèses, il n'y avait chez Brassens aucun désir de provocation.
D'ailleurs il s'en explique
(On retrouvera cette explication dans la page consacrée à Francis Jammes, mais il en fallait bien un autre pour expliquer ce "doublon").
Ce qui, sans doute, a surtout déplu à Aragon, c'est la suppression de la dernière strophe de son poème.
Cette strophe qui, d'après Bertrand Dicale "apporte la seule explication de cette pétition d'amour désespéré, [...] pose le contexte des quatre premières et les éclaire : tant que la patrie est sous le joug, l'homme ne peut se laisser aller à l'espoir, nul amour ne peut être heureux, nulle entreprise humaine n'est possible... En coupant cette dernière strophe, Brassens fait [de ce poème] un texte catégorique sur la vanité foncière des sentiments et des volontés humaines - il n'espère pas en l'amour, il se retire de son jeu. Et il refuse la subordination du sentiment amoureux au patriotisme, tel que le proclame Aragon"
Il est vrai que La Diane française, recueil qui contient ce poème, a été écrit sous l'Occupation. Brassens et Aragon n'avaient pas le même objectif.
Petit détail : dans l'édition complète des poèmes d'Aragon de La Pléiade, les adaptations de Léo Ferré ou de Jean Ferrat sont citées. Pas celle de Brassens (Quand on coupe un poème, Monsieur, on n'entre pas à la Pléiade !).
Brassens s'agaçait parfois des questions qui revenaient à propos de cette coupure. Et quand les circonstances ne se prêtaient pas à l'explication de texte, il adaptait sa réponse.
Ainsi, lors d'une émission de radio, répondant au "pourquoi ?" d'une auditrice, il affirma : "tout simplement parce que je l'ai oubliée".
Bien entendu, on est prié de croire qu'il parlait sérieusement...
Voir Album II les commentaires et l'interprétation de Catherine Sauvage.